Lancement de caGéa Carnets de géographies artificielles
Géographies artificielles ?⌗
Les géographies artificielles peuvent être comprises de plusieurs manières.
À côté de l’espace géographique réel, celui que nous habitons , se déploient aujourd’hui de plus en plus de nouvelles formes d’espace : cartes interactives, jumeaux numériques, simulations… Ces géographies artificielles sont construites à l’aide de la technique et du numérique pour représenter, comprendre, expliquer ou expérimenter le fonctionnement des territoires et des sociétés.
Les géographies artificielles peuvent ainsi désigner, dans un premier temps, les espaces modélisés et simulés par ordinateur, conçus par des chercheurs pour tester des hypothèses scientifiques, explorer des scénarios ou mieux comprendre des phénomènes complexes. La simulation vient alors simplifier la réalité, afin de la rendre intelligible. Les modèles de simulation sont aujourd’hui au cœur de nombreuses recherches en géographie et dans les sciences sociales.
Mais les géographies artificielles ne se limitent pas au monde académique. Elles existent aussi dans les jeux vidéo (non, Hyrule n’existe pas), la littérature (la Terre du Milieu non plus), les expositions immersives, les installations artistiques ou encore les dispositifs de médiation scientifique. Dans ces contextes, il s’agit parfois de reproduire le réel, parfois d’inventer des mondes imaginaires — toujours pour faire vivre une expérience, raconter une histoire ou susciter la réflexion.
Elles renvoient aussi à une réalité très concrète, celle des dynamiques d’artificialisation et d’anthropisation des milieux. Dans un sens encore plus large, les géographies artificielles interrogent ainsi la manière dont les sociétés humaines transforment (artificialisent) concrètement l’espace : aménagement du territoire, urbanisation, infrastructures. L’espace géographique apparaît alors comme un produit des choix techniques, culturels et politiques des sociétés.
Les modèles et simulations scientifiques, les représentations numériques du monde ainsi que les mondes imaginaires issus des jeux vidéo ou de la littérature constituent autant de géographies artificielles, créées par les sociétés humaines.
caGéa : carnets de géographies artificielles⌗
L’objectif de caGéa est d’explorer l’ensemble de ces géographies artificielles et de mettre en avant leur intérêt fondamental pour comprendre et expliquer la société. Il s’agit aussi de les rendre visibles afin de questionner leur influence sur nos manières de comprendre, d’anticiper et de gouverner le réel, mais aussi d’interroger les imaginaires qu’elles véhiculent.
Les modèles, simulations et mondes artificiels issus du géonumérique ne doivent pas rester réservés aux spécialistes. Ils peuvent devenir de puissants outils de vulgarisation, d’éducation et de débat public, à condition d’être expliqués, contextualisés et partagés avec la société. caGéa cherche donc à promouvoir la culture des modèles.
Ces Carnets visent également à rapprocher les géographies artificielles issues de la recherche scientifique de celles parcourues quotidiennement par le grand public à travers les jeux vidéo, la littérature… La frontière entre ces deux univers est en effet ténue, sur le plan technique comme conceptuel : il s’agit d’expérimenter des mondes possibles.
caGéa s’adresse ainsi :
- au grand public curieux,
- aux enseignants et médiateurs scientifiques,
- aux chercheurs,
- aux artistes, créateurs et développeurs intéressés par les questions d’espace et de territoire.
caGéa n’est ni une revue académique ni un simple blog : c’est un espace de médiation, de vulgarisation et d’expérimentation.
Les articles des Carnets de géographies artificielles pourront prendre la forme de brèves, d’enquêtes, de manifestes, de réflexions, de comptes rendus de lectures, d’explications de modèles…
caGéa ouvre un espace pour explorer, comprendre et discuter les géographies artificielles.
Afin de donner le ton, le lancement de caGéa s’accompagne de la publication de deux premiers articles :
- De Marioupol à Gaza : Google Maps et la mémoire des lieux meurtris par la guerre
- Veille #1 : printemps 2026
Prolonger 🔍 : origine de l’expression Géographie artificielle
L’expression «Géographie artificielle», au singulier, est employée par le géographe Éric Daudé dès 2005 dans le chapitre qu’il a rédigé pour l’ouvrage Modélisations en géographie, déterminismes et complexités, dirigé par Yves Guermond (Londres, Hermès-Sciences, pp. 355-382). Liée aux modèles de simulation, elle est alors vue comme le «laboratoire» virtuel qui permet de formaliser et de valider les processus locaux qui produisent les structures spatiales macroscopiques.
Le terme «artificiel» est en réalité employé dans le même cadre bien plus tôt, par le champ de recherche artificial life (vie artificielle), né autour des premiers automates cellulaires créés par John Von Neumann ou John Conway entre les années 1950 et 1970.
En 1996, Joshua M. Epstein et Robert Axtell appliquent les méthodes computationnelles d’artificial life (la simulation) à l’étude des systèmes sociaux dans un ouvrage intitulé artificial societies.
Romain Méjean (2026), "Lancement de caGéa, les Carnets de géographies artificielles", caGéa — Carnets de géographies artificielles, consulté le 8 avril 2026, Lien : https://carnets.geographies.art/posts/lancement-de-cagea/